Avis et témoignage d'un libriste sur Blackberry

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Avis et témoignage d'un libriste sur Blackberry

Bien qu'il soit dans l'absolu intéressant de partager des avis et des retours d'expérience de fans et d'utilisateurs de Blackberry, il m'a semblé aujourd’hui tout aussi pertinent, voire davantage, de recueillir le témoignage de quelqu'un d'extérieur à la "bulle" Blackberry pour lui demander son avis sur ce qui fait l'actualité de la marque, sur les nouveautés de son écosystème et sur les différents terminaux disponibles sur le marché. Afin d'éviter tout quiproquo, définissons dès à présent le terme de libriste (non ce n'est pas un libraire !) pour ceux qui ne le connaissent pas :"personne attachée aux valeurs éthiques véhiculées par le logiciel libre et la culture libre en général.".

Équipé au quotidien de son OnePlusOne, fervent utilisateur d'Android et touche-à-tout technologique, notre invité, Gaspard d'Hautefeuille (HLFH_Space), connait bien le monde des smartphones et le suit depuis plusieurs années : autant de raisons pour prendre un peu de temps et de recul et s'intéresser au regard qu'il porte sur l'univers Blackberry !

Paolo75 : Bonjour Gaspard et merci d'avoir accepté de répondre à nos questions. Peux-tu, en préambule, te présenter en quelques mots à nos lecteurs ?

Gaspard : Bonjour, j'utilise CyanogenMod (ROM Android) et j'ai eu les smartphones suivants : le Samsung Galaxy S puis le OnePlusOne. J'habite en région parisienne et suis libriste - c’est-à-dire que j’adhère à la philosophie du logiciel libre, ce qui m’a construit un caractère de power user, qui veut à tout prix le meilleur de la technologie.

Paolo75 : Tu utilises donc aujourd'hui un OnePlusOne, un smartphone qualifié par certains sites comme étant le plus puissant du marché et destiné à une cible d'ultra-geek. Pourquoi ce choix et pas d'autres constructeurs/OS... comme Blackberry ?

Gaspard : les écosystèmes logiciels des smartphones ont atteint une certaine maturité, j’ai recherché le bon compromis du moment, en termes de liberté et de rapport qualité-prix. Je ne voulais plus de Samsung car je n’ai pas aimé qu’il se prostitue en payant des royalties à Microsoft pour pouvoir vendre des smartphones Android. J’aime l’indépendance économique des entreprises comme BlackBerry qui ont un projet qui leur est propre et qui ont la détermination nécessaire pour continuer… Retraverser le gouffre (« cross the chasm again ») et redresser la barre quand il le faut. Quant à l’iPhone, Apple cherche à maintenir de l’enthousiasme avec l’introduction du langage Swift mais force est de constater que les modèles de développement hybrides et multiplateformes basés notamment sur Adobe Phonegap (aka Apache Cordova), vont l’emporter. Je félicite donc une nouvelle fois BlackBerry pour s’ouvrir réellement aux développeurs - sans silos clos - en leur proposant de développer des webapps avec fonctionnalités natives en HTML5/ CSS3/JS grâce à la plateforme BlackBerry WebWorks 2.2.


Comme Firefox OS a raté le coche, Sailfish OS, propulsé par Jolla Mobile avec des anciens de Nokia et d’Intel, semble être le meilleur système d’exploitation pour ceux qui apprécient les technologies open source. Yota Devices est une société russe qui délivre un smartphone de qualité - le YotaPhone avec double-écran LCD + E-ink qui permet de contrebalancer les faibles batteries au lithium que nous avons sur le marché actuellement (vive les batteries au graphène !). Toutefois, le renouvellement de ses produits est lent comme pour la startup Jolla Mobile, si bien que nous ne pouvons espérer des smartphones convaincants que de certaines startups Android comme OnePlus, de BlackBerry qui a repris ses bottes de sept lieux, ainsi que du projet indépendant Vsenn ou encore du projet Ara de Google avec son smartphone modulaire où chaque développeur est amené à contribuer à sa modularité, digne des processus de développement de la caméra Apertus AXIOM ou du dynamisme de développement du marché des single-board computers ARM du Raspberry Pi, jusqu’au Cubietruck.

Paolo75 : Blackberry conserve une image de marque assez dépassée voire quelque peu désuète auprès du grand public : est-ce également ton impression et si oui trouves-tu cela justifié ? Que penses-tu d'une façon générale de la nouvelle dynamique entamée il y a bientôt 2 ans : Blackberry a t-il des chances de redorer son blason et/ou de retrouver des parts de marchés à 2 chiffres ?

Gaspard : Oui, je considère que BlackBerry conserve une image de marque plutôt dépassée. Mais oublie-t-on le passé aussi facilement ? Ne sommes-nous pas des nostalgiques, des émotifs anonymes ? L’Histoire s’inscrit dans l’espace-temps. Et sans le passé, nous ne construisons pas l’avenir. J’aurais pu croire que BlackBerry aurait perdu la main comme Nokia : c’est que je ne connaissais pas l’incroyable volonté d’innover dans la différence de BlackBerry mais aussi d’un de ses fondateurs Mike Lazaridis qui finance aujourd’hui l’informatique quantique au Canada.


Ainsi, j’attends par exemple que BlackBerry mise davantage sur l’innovation de fond, que sur la sécurité gonflée dans une bulle par l’affaire PRISM. Je constate tout comme, je crois, les Addicts à BlackBerry 10, que le marché financier refait davantage confiance à BlackBerry. Comme François Mitterrand en son temps, BB doit se concentrer sur des niches - ou cercles - avant d’électriser les foules en poussant des innovations disruptives comme le smartphone modulaire ou propulsé au graphène. Le retour d’une part de marché à deux chiffres pour BlackBerry est donc pour l’instant difficilement envisageable !

Paolo75 : Le tout dernier terminal de Blackberry - le Passport - a fait couler beaucoup d'encre dans la presse spécialisée ces dernières semaines : Quels sont, selon toi, ses avantages et ses inconvénients ? Est-ce un smartphone opportun et/ou vise t-il une niche de clients potentiels trop réduite ?

Gaspard : j’ai pu voir la présentation de votre site (Test du Passport sous 10.3) et j’ai été agréablement surpris à la fois par le hardware et par l’OS avec des fonctionnalités disponibles intéressantes (BlackBerry Hub, BBM, Active Frames, BlackBerry Blend, synchronisations de contacts CardDAV et de calendriers CalDAV, etc.) C’est donc un très bon terminal haut de gamme dans l'ensemble, mais je reste très dubitatif sur son prix, ancré dans l’ère iPhone, qui est révolue (600$ et plus) alors que le prix psychologique pour un smartphone haut de gamme est désormais de 300€. En outre, la résolution du Passport ne le rend pas adapté à la lecture de vidéos. Mais, je suis ravi qu’il supporte la technologie SlimPort, ce qui permet de diffuser l’écran du Passport à n’importe quel type de téléviseurs ou de vidéoprojecteurs. C’est un smartphone opportun qui nécessite une communication importante.


Dans une crise économique qui se prolonge, je crois que le business et les CSP+ veulent rationaliser les coûts. Ce n’est pas pour rien que les grands groupes ont des Directions achats ! La prise de décisions semble donc limitée aux valeurs de confiance, et, face à la concurrence parfaite de ce marché des smartphones, on ne retrouve la confiance que dans l’innovation disruptive. Il faudrait que BlackBerry innove encore plus (précisé plus haut), qu’il augmente les ventes auprès des niches, pour pouvoir réduire la marge brute de ses produits vendus et proposer un prix plus bas pour une qualité identique.

Paolo75 : Blackberry a officiellement présenté fin septembre dernier à Toronto le logiciel Blackberry Blend (en même temps que le Passport). Développant l'expérience utilisateur jusque sur PC, MAC et tablettes, penses-tu que Blend peut rivaliser avec des solutions concurrentes comme iCloud de chez Apple ou Google Drive du côté d'Android ?

Gaspard : Blackberry Blend n’entre en concurrence ni avec iCloud ni avec Google Drive. C’est une technologie d’affichage à distance (WiFi, 4G) et directe (liaison USB), à cheval entre le screencasting et le mirroring. L’Addict à BB10 Blackstorm insiste ainsi sur la nécessité pour Blackberry de disposer d’un environnement Cloud pour ses clients comme iCloud avec en particulier la sauvegarde et la géolocalisation de ses terminaux. iCloud et Google Drive sont à minima des solutions Cloud STaaS (Storage as a Service). Il me semble - ce n’est pas dans la presse - qu’iCloud repose depuis cette année sur les technologies de virtualisation VMware et non plus sur celles de Microsoft Azure. Si BlackBerry n’a pas les compétences Cloud en interne, la firme devra soit effectuer un rachat ou établir un partenariat solide avec l’un des ténors du Cloud computing.

Paolo75 : De son côté, la messagerie BBM connait de nombreuses évolutions depuis plusieurs mois : packs de stickers payants, portage sur iOs/Android/Windows Phone, nouvelles fonctionnalités pour les professionnels (Meetings, Protected ...) mais aussi pour les particuliers (les channels , l’interactivité avancée, Money etc...) : Blackberry a t-il intérêt à conserver cette solution face à des mastodontes comme WhatsApp ou Line ? BBM peut-il être un vecteur de croissance ? Faut-il revendre cette branche ?

Gaspard :Que BlackBerry concentre une part conséquente de sa communication externe sur BBM est pertinent pour les pros. Car le marché visé, en plein essor, est celui des communications unifiées (ou UCaaS), qui rationalise la communication de l’entreprise et son système d’information. Plus que les telcos, les constructeurs intégrés (matériel + OS) comme BlackBerry ont un rôle important à jouer. Reste à prendre le lead pour assurer la croissance.

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Un grand merci à Gaspard d'avoir pris le temps de répondre à nos questions et de nous avoir fait partager son opinion sur ces différents sujets qui tiennent à cœur tous les Addicts. Si vous avez apprécié son témoignage, je vous invite à le suivre sur Twitter :

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